L’arrêté du 26 février 2025 élargit le périmètre d’intervention des aides-soignants diplômés d’État et modifie la ligne de partage des actes avec les infirmiers. Quels gestes passent d’une profession à l’autre, et comment cette redistribution transforme-t-elle concrètement le travail en binôme IDE/AS au quotidien ?
Actes aide-soignant avant et après l’arrêté de février 2025 : tableau comparatif
Le cadre réglementaire a évolué en plusieurs étapes. L’arrêté du 10 juin 2021 a posé une première redéfinition en reconnaissant l’aide-soignant comme professionnel de santé à part entière. L’arrêté du 26 février 2025 prolonge cette logique en précisant de nouveaux actes et leurs conditions de mise en œuvre.
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| Domaine | Avant 2025 (arrêté 2021 modifié) | Depuis février 2025 |
|---|---|---|
| Positionnement professionnel | Intervention dans le cadre du rôle propre infirmier, contribution au raisonnement clinique interprofessionnel | Extension des gestes techniques, cadre formalisé de délégation et de supervision |
| Périmètre de soins | Soins de la vie quotidienne, surveillance clinique de base | Soins aigus inclus : surveillance rapprochée, actes techniques élargis |
| Thérapeutiques orales | Rôle limité et encadré | Particularités précisées, responsabilité partagée avec l’IDE |
| Responsabilité | Responsabilité individuelle sur les actes du rôle propre AS | Responsabilité partagée IDE/AS formalisée dans les protocoles |
Ce tableau met en évidence un glissement progressif : l’aide-soignant ne se contente plus d’exécuter des soins prescrits. Il participe à une chaîne de décision clinique, ce qui modifie la nature même de la collaboration avec l’infirmier.

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Responsabilité partagée IDE/AS : ce que change le cadre réglementaire
La notion de responsabilité partagée entre infirmier et aide-soignant est le pivot de la réforme. Avant 2025, la collaboration reposait sur un schéma vertical : l’IDE prescrivait ou déléguait, l’AS exécutait dans un périmètre restreint.
L’arrêté de février 2025 formalise un fonctionnement différent. L’aide-soignant intervient désormais dans le cadre du rôle propre infirmier, mais avec une marge d’appréciation clinique reconnue. Les textes cadres des IFAS rappellent que l’AS peut dispenser des soins aigus pour préserver et restaurer la continuité de la vie, le bien-être et l’autonomie de la personne.
Glissement de tâches ou élargissement encadré ?
La frontière entre glissement de tâches (illégal) et élargissement réglementaire (encadré) reste une source de tension sur le terrain. L’arrêté de 2025 tente de clarifier ce point en listant les actes autorisés et les conditions de leur réalisation.
La différence tient à trois éléments :
- L’acte figure explicitement dans le référentiel actualisé, pas dans une habitude de service non formalisée
- Un protocole de coopération écrit encadre la délégation, avec des critères de supervision définis
- L’aide-soignant a suivi une formation complémentaire validant sa compétence sur les gestes concernés
Sans ces trois conditions réunies, un acte réalisé par un AS en dehors de son référentiel reste un glissement de tâches, même si l’arrêté a élargi le champ global des possibles.
Protocoles de coopération infirmier/aide-soignant : les expérimentations terrain
Depuis 2023-2024, plusieurs établissements expérimentent des protocoles de coopération IDE/AS qui dépassent la simple extension d’actes. La logique est double : redéployer le temps infirmier vers des actes à haute valeur ajoutée et structurer la prise en charge en binômes formalisés.
En SSIAD, notamment pour les troubles neurologiques chroniques, l’aide-soignant réalise des actes auparavant réservés à l’IDE dans un cadre de délégation et de supervision défini par protocole. Ce modèle de binôme structuré change la dynamique quotidienne : l’IDE ne supervise plus acte par acte, mais valide un plan de soins que l’AS met en œuvre avec une autonomie encadrée.
Impact sur l’organisation des équipes soignantes
Ces protocoles expérimentaux révèlent un point rarement abordé dans les textes officiels : la collaboration IDE/AS fonctionne mieux quand elle est planifiée que quand elle repose sur des ajustements informels. Les établissements qui ont formalisé des binômes IDE/AS constatent une meilleure continuité des soins et une réduction des interruptions de tâches pour l’infirmier.
En revanche, cette organisation suppose un investissement en formation continue. L’arrêté de 2025 élargit les compétences attendues, mais le temps de formation nécessaire pour les acquérir n’est pas toujours intégré dans les plans de développement des établissements.

Formation aux nouveaux actes aide-soignant : un prérequis pour la collaboration
L’élargissement du périmètre AS ne produit ses effets que si les professionnels sont formés aux gestes correspondants. Les organismes de formation proposent désormais des modules spécifiques centrés sur l’arrêté de février 2025, généralement structurés sur trois jours.
Le contenu de ces formations couvre plusieurs axes :
- Rappel du cadre réglementaire et distinction entre actes autorisés et glissement de tâches
- Identification des zones anatomiques liées aux nouveaux actes ou soins
- Pratique des gestes techniques avec conduite à tenir en fonction de l’acte réalisé
- Travail sur le raisonnement clinique interprofessionnel en binôme avec l’IDE
Le dernier point est le plus structurant pour la collaboration. Former l’aide-soignant au raisonnement clinique, et pas seulement au geste technique, change sa posture dans l’échange avec l’infirmier. Il ne transmet plus uniquement des observations : il contribue à l’analyse de la situation du patient.
Enjeu de la formation continue en établissement
Les IFAS accompagnent chaque année un volume significatif d’aides-soignants en formation initiale et continue. L’enjeu pour les établissements est d’intégrer ces nouvelles compétences dans leurs plans de formation sans désorganiser les plannings de soins.
La contrainte est réelle : former un AS aux nouveaux actes prend du temps de présence en service. Les structures qui anticipent cette charge en l’intégrant dès le plan annuel de formation obtiennent une montée en compétences plus fluide que celles qui réagissent après coup.
L’arrêté du 26 février 2025 redessine la frontière entre les métiers d’aide-soignant et d’infirmier, non pas en supprimant la hiérarchie clinique, mais en formalisant une collaboration où chaque professionnel dispose d’un périmètre d’autonomie défini. La mise en œuvre réelle dépendra de la capacité des établissements à former leurs équipes et à structurer des protocoles de coopération opérationnels.

